Guide d’Intervention des Témoins
Que faire si vous êtes témoin d’une violation du consentement, d’un comportement problématique, ou si quelque chose vous semble anormal
Il arrive que l’on observe des comportements qui ne correspondent pas aux bons principes de consentement et de bienveillance. Il est souvent difficile de savoir quoi faire, et il n’y a souvent pas de « bonne » réponse. Ce guide propose des outils et des conseils pour vous aider à gérer ces situations, mais la bonne volonté et la bienveillance resteront toujours le plus important.
Vous trouverez ci-dessous un résumé des principaux outils utilisables dans certaines situations, un tableau indiquant quelles actions envisager en priorité selon le type de situation, puis une discussion plus approfondie sur les principales catégories de comportements dont vous pourriez être témoin.
Principes Directeurs
- Présumez la bonne volonté, réagissez à l’impact. Beaucoup de personnes qui créent de l’inconfort n’agissent pas avec une intention malveillante. Les malentendus, la mauvaise communication, la maladresse sociale, les états modifiés de conscience et les différences culturelles peuvent affecter le comportement.
- Cependant, les bonnes intentions n’effacent pas la responsabilité. Vous pouvez aborder les gens avec curiosité et bienveillance tout en interrompant les comportements qui créent un risque ou de l’inconfort.
- Intervenez pour améliorer la situation, pas pour punir. L’objectif de l’intervention est d’améliorer la sécurité, de soutenir les personnes affectées et d’aider la situation à évoluer dans une direction plus saine. Soyez conscient·e que les situations peuvent escalader rapidement ; concentrez-vous sur ce qui est nécessaire maintenant plutôt que sur déterminer qui a raison ou tort.
- Adaptez votre réponse au niveau de risque. Une violation claire du consentement nécessite une réponse différente d’une interaction maladroite ou d’un vague sentiment que quelque chose ne va pas. Plus le risque est grave et immédiat, plus l’intervention doit être directe.
Boîte à Outils d’Intervention : Les 5 D
- Distraire : Désamorcez le moment sans le nommer. Demandez l’heure à la personne qui semble mal à l’aise, le chemin vers le point d’eau, ou si elle a vu votre ami·e. Faites tomber quelque chose. Lancez une conversation sans rapport. Vous n’accusez personne ; vous ajoutez simplement une deuxième personne à la situation, ce qui suffit souvent.
- Réponse différée : Si le moment est passé, ou si vous n’étiez pas assez sûr·e pour agir sur le coup, prenez des nouvelles après. « Hé, ça va ? Tu veux t’asseoir un moment ? » Rester avec quelqu’un, c’est déjà de l’aide.
- Réponse directe : Nommez le comportement simplement et calmement, ou offrez une porte de sortie : « Tout va bien ? Viens prendre de l’eau avec moi. » Utilisez cette approche quand vous vous sentez en sécurité. C’est l’option la plus visible et pas toujours la plus adaptée.
- Déléguer : Trouvez quelqu’un dont c’est le rôle. Faites signe à un·e Nomad, ou allez au Welfare ou à Malfare. Soyez clair·e : dites ce que vous avez vu et ce dont vous avez besoin. « La personne en manteau vert ne laisse pas l’autre partir. Pouvez-vous m’aider à l’en sortir ? »
- Documenter : Uniquement si quelqu’un aide déjà la personne en difficulté. Gardez une distance de sécurité, notez l’heure et le lieu, puis demandez à la personne concernée ce qu’elle souhaite en faire. Le document lui appartient, pas à vous.
Adapter les Outils au Niveau de Risque
| Niveau | Ce que vous pourriez observer | Outils adaptés | Qui d’autre peut aider |
|---|---|---|---|
| Mauvaise ambiance | Quelqu’un semble coincé·e ou mal à l’aise. Rien d’explicite ne s’est produit. | Distraire, Différé | Un·e Nomad à proximité |
| Pression | Attention insistante non désirée. Un non est négocié. | Distraire, Direct, Déléguer | Nomad, Welfare, Safer Space |
| Vulnérabilité | Trop intoxiqué·e pour consentir, seul·e, ou en détresse. | Rester avec la personne et Déléguer | Welfare, Malfare, Croix-Rouge, Safer Space |
| Préjudice clair | Harcèlement ouvert ou violation du consentement en cours. | Direct, Déléguer, Documenter | Nomad, Malfare |
| Danger | Risque pour l’intégrité physique. Urgence médicale. | Déléguer immédiatement ! | Nomad, Malfare (nous avons une ambulance, des médecins et la sécurité sur place ; l’aide sera probablement plus rapide et mieux coordonnée en contactant Malfare) |
L’Intervention en Pratique
Mauvaise ambiance (voir ci-dessous pour plus de détails !)
Si quelqu’un semble clairement mal à l’aise, vous n’avez pas besoin de preuves. Distraire : Approchez-vous et parlez à la personne qui semble mal à l’aise. Posez une question ordinaire, offrez-lui un moment et une sortie. Ou créez une petite distraction. Vous faites simplement en sorte qu’elle ne soit pas seule. Différé : Prenez des nouvelles plus tard pour voir comment elle se sent.
Quelqu’un subit de la pression
L’attention ne s’arrête pas, le NON est négocié, le corps dit non même si les mots sont incertains. Comme le dit la page sur le consentement, le silence, la passivité ou une réaction de soumission est un non. Brisez le moment avec Distraire, faites signe à un·e Nomad pour Déléguer, ou essayez une Réponse directe douce orientée vers le soin :
« Tu veux venir prendre de l’eau avec moi ? » Gardez votre attention sur la personne qui subit la pression.
Quelqu’un qui ne peut pas prendre soin de lui-même/elle-même
Une personne inconsciente, très intoxiquée, seule ou en détresse émotionnelle profonde ne peut pas consentir et peut ne pas être en mesure de prendre soin d’elle-même. Ne la laissez pas. Restez avec elle ou essayez de l’accompagner au Welfare selon la situation. Ou bien déléguez : demandez à quelqu’un d’aller chercher de l’aide, ou faites signe à un·e Nomad. Si elle est ciblée dans cet état, traitez la situation comme un préjudice clair et contactez Malfare.
Rester avec quelqu’un jusqu’à l’arrivée des secours est l’une des choses les plus utiles que l’on puisse faire ici.
Harcèlement clair ou violation grave du consentement en cours
Quand ce n’est plus ambigu, une intervention rapide est importante.
Réponse directe : Si possible, cherchez de l’aide plutôt que de gérer seul·e. Si vous vous sentez en sécurité (seul·e ou avec d’autres pour vous soutenir), soyez direct·e : nommez le comportement, dites que ce n’est pas acceptable, et restez calme.
Déléguer : Généralement l’option la plus sûre. Trouvez un·e Nomad ou allez à Malfare, ouvert 24h/24 pour la sécurité et les conflits interpersonnels.
Documenter : Uniquement si quelqu’un aide déjà la personne, et rappelez-vous que le document appartient à la personne concernée.
Danger ou urgence médicale
S’il y a un risque pour l’intégrité physique de quelqu’un, il ne s’agit plus d’outils subtils. Contactez Malfare immédiatement en demandant un·e Nomad (nous avons une ambulance, des médecins et la sécurité sur place ; les Nomads joindront toute l’équipe, y compris les responsables de site, par radio et pourront donner la localisation exacte en coordination avec les services d’urgence si nécessaire). Éloignez-vous et éloignez les autres du danger si nécessaire. On n’attend pas de vous que vous interveniez physiquement ou que vous vous mettiez en danger. Ne jouez pas les héros et ne faites pas partie du problème.
Une Note sur les « Mauvaises Vibrations » ou le « Sentiment de Mal-être » Sans Comportement Concrètement Négatif
Soyez conscient·e de votre propre situation et de vos biais. La consommation de substances et les états de conscience modifiés peuvent faciliter l’interprétation négative de choses qui ne le sont pas. Inversement, d’autres personnes dans cet état peuvent se comporter différemment de la « normale », mais sans mauvaise intention.
Observez les autres autour de vous – notamment les personnes que vous pensez potentiellement affectées par le comportement ou l’ambiance de la personne. Comment réagissent-elles ? Si personne d’autre ne semble remarquer ou réagir négativement, il est peut-être préférable de réévaluer. Si vous pouvez rester confortablement dans l’espace, faites-le, mais peut-être bougez un peu et changez votre focus. Si vous ne pouvez pas, décidez si vous devez quitter l’espace ou aborder la personne directement – en assumant votre propre sentiment d’inconfort plutôt que de le projeter sur les autres. Rappelez-vous que dans cette catégorie, il n’y a pas de comportement activement négatif ; il est donc généralement déconseillé de présumer une mauvaise intention.
Si d’autres semblent réagir négativement à l’ambiance de la personne – par exemple des gens qui dansent près d’elle quittent systématiquement cet espace, ou semblent mal à l’aise à proximité – décidez si vous vous sentez à l’aise pour approcher la personne. Encore une fois, essayez de ne pas présumer de mauvaises intentions. Souvent, les gens se retrouvent coincés dans leurs pensées et commencent à spiraler, surtout dans l’environnement intense d’un burn, et encore plus si des substances sont impliquées. Parfois, une simple interaction amicale, quelqu’un qui prend des nouvelles, suffit à les sortir de cet état.
Exemples de façons d’aborder les gens dans ces situations si vous estimez que c’est la bonne chose à faire :
- Engagez une conversation légère mais pas creuse : dites quelque chose de sympa sur le DJ et demandez ce qu’ils pensent de la musique. Demandez s’ils peuvent partager une expérience positive qu’ils ont vécue au burn, ou s’il y a des ateliers qu’ils attendent avec impatience.
- Demandez-leur comment ils vont. Soyez honnête et dites que vous ressentez une ambiance bizarre et voulez prendre des nouvelles, ou demandez simplement, si vous pouvez être sincèrement intéressé·e par la réponse.
- Offrez de la connexion, de la conversation, de l’eau, de la nourriture, une promenade ou de la compagnie – parfois un bref moment de connexion suffit à sortir quelqu’un d’un mauvais état d’esprit.
Si votre interaction initiale semble avoir suffi à changer l’ambiance, bravo d’avoir aidé un·e semblable dans le besoin ! Sinon, réfléchissez à savoir si vous devez changer d’endroit pour votre tranquillité d’esprit, ou si vous devriez demander à quelqu’un comme un·e responsable consentement/bien-être de barrio, un·e consent angel ou un·e Nomad d’être vigilant·e.